Transcrire une vidéo avant de la traduire

Tout projet vidéo multilingue commence au même endroit : la transcription. Avant d'écrire un sous-titre, d'enregistrer une voix off ou d'adapter un script, il faut d'abord noter précisément ce qui est dit dans la langue d'origine. Cela paraît être la partie la plus simple du travail. En réalité, c'est souvent là que naissent les erreurs qui se retrouvent ensuite dans toutes les langues.
Voici les conseils essentiels pour transcrire une vidéo de manière à faciliter et à fiabiliser sa traduction.
La transcription, document de référence
La transcription sert de base à toutes les versions linguistiques. Un nom de produit mal orthographié, un chiffre mal compris ou une phrase coupée au mauvais endroit se retrouveront fidèlement reproduits en polonais, en hébreu ou en japonais. Corriger une erreur dans la transcription prend quelques secondes, la corriger dans dix traductions prend des heures.
Un texte propre, bien ponctué et avec des locuteurs clairement identifiés permet aussi aux traducteurs de se concentrer sur le sens plutôt que de deviner ce que l'orateur voulait dire.
Tout commence par un bon son
Le meilleur conseil de transcription ne concerne pas la frappe, mais l'enregistrement. Un son clair améliore considérablement la précision, qu'elle soit humaine ou automatique.
- utiliser un micro-cravate plutôt que le micro intégré de la caméra ;
- enregistrer dans une pièce calme, avec peu d'écho ;
- éviter la musique sous la voix ou l'enregistrer séparément ;
- demander aux intervenants de ne pas parler en même temps ;
- enregistrer quelques secondes de silence pour la réduction de bruit.
La reconnaissance vocale comme brouillon
Les outils de reconnaissance vocale donnent aujourd'hui de très bons résultats pour un son clair dans les grandes langues. Ils constituent un excellent point de départ, mais pas un résultat final. Accents, termes techniques, noms propres, chiffres et débit rapide restent des pièges. Toute transcription automatique doit être relue entièrement, idéalement en regardant la vidéo.
Une attention particulière s'impose pour les noms de marque, les références produits, les dates, les montants et les sigles. Ce sont les détails que les spectateurs remarquent, et ceux que les machines ratent le plus souvent.
Mot à mot ou transcription nettoyée
Il existe deux grands styles. La transcription intégrale conserve chaque hésitation, répétition et phrase inachevée. La transcription nettoyée supprime les mots parasites tout en gardant le sens et le ton. Pour la traduction et le sous-titrage, la version nettoyée est généralement préférable, car elle fournit des phrases plus claires. Pour un usage juridique, une étude ou l'analyse d'entretiens, l'intégrale peut être exigée.
Identifier les locuteurs et noter le contexte
Lorsque plusieurs personnes parlent, chacune doit être clairement identifiée. Il est utile d'indiquer quand quelqu'un parle hors champ, quand une phrase est prononcée dans une autre langue et quand un texte apparaît à l'écran. Les passages inaudibles se signalent avec un code temporel, par exemple [inaudible 04:12], plutôt que d'être devinés.
Des codes temporels utiles
Les codes temporels relient le texte à l'image. Pour les sous-titres, chaque segment doit avoir un début et une fin précis. Pour un script de voix off, un repère au début de chaque paragraphe ou changement de locuteur suffit souvent. Des repères cohérents permettent à toute l'équipe de retrouver rapidement le même passage.
De la transcription à la traduction
Une fois la transcription validée, elle devient le texte source de toutes les langues. Pour un public polonais, important en France comme en Belgique, une traduction français polonais réalisée à partir d'une transcription propre donne des sous-titres naturels et fidèles. Pour les documentaires, conférences ou témoignages en lien avec Israël, une traduction hébreu français rigoureuse est indispensable, d'autant que l'hébreu s'écrit de droite à gauche et demande une mise en forme adaptée.
Certains projets combinent vidéo enregistrée et échanges en direct, comme des webinaires ou des tables rondes en ligne. Dans ce cas, l'interprétation à distance complète la transcription : des interprètes professionnels traduisent en temps réel, et l'enregistrement peut ensuite être transcrit et sous-titré pour la diffusion en différé.
Un atout pour l'accessibilité
Une bonne transcription est aussi un outil d'accessibilité. Publiée à côté de la vidéo, elle aide les personnes sourdes ou malentendantes, celles qui ont une connexion lente et tous ceux qui préfèrent lire. Le W3C détaille ce que doit contenir une transcription accessible. Les moteurs de recherche peuvent en outre indexer ce texte, ce qui améliore la visibilité des vidéos.
Liste de contrôle
- chaque locuteur est identifié de façon cohérente ;
- noms, chiffres et termes techniques sont vérifiés ;
- les passages incertains sont signalés, pas devinés ;
- les textes à l'écran sont notés pour la traduction ;
- le style est le même dans toute la série ;
- la transcription a été relue une fois avec la vidéo.
Les erreurs à éviter
Les problèmes les plus fréquents sont étonnamment simples : transcription automatique non relue, absence de vérification avec la vidéo, styles différents dans une même série, textes à l'écran oubliés. On voit aussi souvent des phrases coupées au mauvais endroit, qui obligent les traducteurs à travailler sur des fragments.
La base de toutes les langues
La transcription attire rarement l'attention, pourtant elle conditionne chaque sous-titre, chaque doublage et chaque traduction. Un son propre, une relecture attentive, des locuteurs identifiés et un contexte bien documenté font toute la différence. Une transcription soignée aujourd'hui, ce sont des traductions plus rapides et plus justes demain.